Bienvenue sur mon blog dédié à l'archéologie expérimentale. J'espère vous offrir des articles informatifs, images et vidéos qui vous seront utiles ou du moins agréables à parcourir.
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jeudi 20 septembre 2007

La base - faut bien commencer par quelque chose...

« L'objectif de l'archéologie expérimentale est de redonner aux artefacts découverts, les processus et techniques mis en oeuvre pour les fabriquer. Ainsi, l'expérimentation donne la possibilité de mettre en évidence des "chaînes opératoires" rendant compte d'un savoir aujourd'hui disparu. Par cette approche, il est alors possible de donner un certain relief à cette connaissance muette.

Mais sa visée est plus large car, en plus des méthodes de fabrication, l'archéologie expérimentale tente également de remettre en contexte l'objet en l'utilisant, en cherchant à retrouver la gestuelle inhérente à sa fonctionnalité et surtout à son utilisation.

Cette approche est importante, mais bien souvent elle ne demeure qu'un pis-aller : il est parfois difficile de permettre une lecture unique d'une pièce archéologique. Les processus étant multiples ; les techniques étant plurielles, une certaine prudence devra donc s'imposer quant aux conclusions à déduire et, ce, quel que ce soit l'expérimentation tout comme l'expérimentateur. »
Pierre-Emmanuel Lenfant

L’archéologie expérimentale c’est aussi un moyen de sensibiliser le public et les enfants particulièrement, un moyen unique de s’améliorer dans certaines activités peu communes et peut même devenir une source d’amusement..
Et bien sur, c’est aussi tailler, c’est à dire fracturer de façon méthodique des pierres.

Mais lesquelles?

  • La Matière première
Quel type de matière première utiliser?
La réponse se trouve dans deux attributs essentiels que doivent posséder les pierres à tailler :

1- être silicieuse;

Heureusement pour nous, il semblerait que près de 95% de la croûte terrestre soit fait de minéraux silicatés, et toute les roches possèdent de la silice. Pourtant un certain seuil doit être atteint avant de devenir intéressant. De plus, même avec plus de 60% de silice, le granite n’est pas « taillable », car il faut aussi…

2- avoir la propriété de casser conchoïdalement;

C’est ici que la sélection s’amenuise.. alors que veut dire conchoïdale?

Conchoïdale:
Littéralement "en forme de coquille". Se dit de la forme prise par la fracture de certaines roches. Le silex est une roche à fracture conchoïdale: l'onde de fracture s'y propage en cône et non pas en ligne droite.

Donc par exemple, l’agate, le basalte, le bois silicifié, la calcédoine, le chert ou le silex, la cornéenne, le crystal de roche, la dacite, le jaspe, la novaculite, l’obsidienne, l’onyx, le quartz, la quartzite, la ryolithe (etc...) sont toutes des pierres utilisables.

Exemple de variété lithique:

Personnellement, j'achète ma matière sur www.neolithics.com (et oui, rien n'échappe à la publicité, mais c'est juste à titre d'exemple pour ceux qui en cherchent).

  • Les outils du tailleur
Les outils pour la taille varient selon l’époque, la technique employée et les ressources disponibles. Il est possible de les classer en quatre grande catégorie:
1- les percuteurs durs
2- les percuteurs tendres
3- les compresseurs ou retoucheurs
4- les punch ou chasse-lames


Les percuteurs durs:


Sous ce terme on désigne toute matière aussi ou plus dure que la matière première (silex : 7 sur l'échelle de Moh) qui généralement est supérieure à celle du verre et des aciers courants (5.5 sur la même échelle).

Les roches communément utilisées comme percuteurs durs sont le quartzite ou le granit.

Utilisation des percuteurs durs:

Les percuteurs plus durs que le silex détachent des éclats généralement épais, au bulbe de percussion très prononcé, qui laissent de profondes cicatrices dans le nucléus.

Ces percuteurs ont été les premiers utilisés pour le façonnage des galets aménagés (chopping tools), les premiers outils fabriqués sans doute par les Australopithèques, il y a plus de 2 millions d'années. Dans toutes les industries même les plus récentes, ils sont fort souvent utilisés lors de la première phase du façonnage, pour la mise en forme du nucléus notamment.

Généralement massifs, les percuteurs durs prennent la forme de galets dont la taille (et donc la masse) varie de celle d'un œuf d'autruche (plusieurs kilos) à celle d'un œuf de caille (quelques dizaines de grammes). Plus le percuteur est massif, plus l'éclat débité sera important, mais dans tous les cas il sera relativement épais.

Percuteurs tendres:
Les percuteurs tendres sont constitués d'une matière moins dure que la roche à tailler. Il s'agit généralement de bois animaux (bois de caribous, cerfs, orignaux), végétaux (buis, chêne), d'os ou de corne. Certaines roches tendres (calcaire, grès) peuvent aussi être utilisées: on parle alors de percuteurs dur-tendres.

À cette liste de percuteurs tendres traditionnels viennent s'ajouter des matériaux "modernes" comme le cuivre ou la fibre de verre.
Pourquoi le bois animal est-il meilleur que l'os?
Parce que la structure des bois est complètement différente de celle de l'os. Les fibres osseuses d'un os long sont disposées de manière à travailler en compression; elles ne sont solides que sur un axe particulier: si un fémur peut par exemple supporter plusieurs centaines de kilos lors d'une course, il se rompra si la même force est appliquée en son milieu... Les fibres osseuses des bois animaux n'ont pas cette structure spécifique, il s'agit simplement d'os massif. Les bois chutent lorsque les vaisseaux sanguins qui les irriguent se referment: la base d'un bois est donc composée d'une couche d'os massif très épaisse (la couronne) et par conséquent très résistante et élastique. Selon certains, les meilleurs bois sont donc ceux qui tombent naturellement: bois de chute, par opposition aux bois de massacre qui proviennent d'animaux tués. Cependant, il est à noter que les bois ont tendance à se déminéraliser avec le temps et surtout s'ils subissent les intempéries extérieurs, perdant de leur poids et élasticité. Il est donc préférable d'avoir un bois frais.

Encore une fois, pause publicité, je trouve mes percuteurs en Finlande: www.brisa.fi , sous la rubrique "Horn and Bone" => "Reindeer"

Utilisation des percuteurs tendres:
Contrairement aux percuteurs durs qui transmettent une grande force d'impact au silex (générant une onde de fracture massivre, laquelle détache des éclats épais), les percuteurs tendres absorbent une partie de la force d'impact, du fait de leur moindre dureté et grâce à leur relative élasticité: la force transmise étant moindre, l'onde de fracture l'est tout autant et le résultat est un éclat beaucoup plus mince que celui débité à la percussion dure. Les étapes d'amincissement et de finition des chaines opératoires se font donc souvent au percuteur tendre qui offre la possibilité d'un travail efficace et minutieux.


Compresseur:
Également appelé retoucheur, il s'agit d'une pointe de bois animal ou de cuivre, parfois d'os, insérée ou non dans un manche de longueur variable. Un compresseur est utilisé pour détacher des éclats ou des lamelles par pression. Si cet outil autorise une grande précision et un bon contrôle des enlèvements, il requiert une certaine force: de 30 à 40 kg/cm² pour un petit éclat, et jusqu'à plus de 300 kg/cm² pour de grandes lames. De telles pressions sont atteintes grâce à des béquilles pectorales qui furent probablement utilisées par les aztèques.

Punch:
Morceau d'andouiller ou de bois dur (buis ou autre), utilisé comme chasse-lame lors du débitage. Une extrêmité du punch est posée sur le nucléus au point d'impact souhaité, la percussion intervient sur l'autre extrêmité du punch. Cette technique rend le maintien du nucléus plus difficile, mais accroît la précision de l'impact de même qu'elle évite les percussion trop violentes..

Types de percussion et travail de la pierre

Percussion directe:

Le percuteur frappe directement le plan frappe et dégage l’éclat. Il est aussi possible d'effectuer une percussion directe sur une enclume, dans ce cas, c'est le nucléus qui va frapper une enclume stationnaire.

Percussion indirecte

Le percuteur frappe un punch qui redistribue l’énergie sur un point précis, à l’image d’un marteau sur un clou.

Taille bipolaire:

Le nucléus repose sur une enclume et se voit frappé de façon directe. Ainsi l’énergie parvient à la fois de la percussion et l’enclume.

Taille par pression:

L’éclat ou le nucléus reçoit une pression posée au lieu d’une percussion lancée de la part d’un compresseur ou d'une béquille.

Les stigmates diagnostiques des éclats
anthropiques

Premier élément de base: la distinction entre une éclat ordinaire et une lame.

La distinction repose sur des critères morphologiques, puisque la lame est au moins deux fois plus longue que large. Ces artefacts sont des supports à outils, à moins que des traces d’utilisation ne soient visibles, auquel cas ils pourront être classés comme des outils.


Face dorsale

Face Ventrale